LE BAL DES FAUX-CULS

Dans l’édito du Elle de cette semaine, Françoise-Marie Santucci évoque une couverture mythique du magazine parue en mai 2003, qui révélait une Emmanuelle Béart sensuelle, solaire, nue et… De dos. A l’époque, cette photo prophétique relevait de l’exception. Elle avait ému, choqué, et même provoqué des accidents de voiture. Les temps ont changé depuis cet avant où le derrière n’occupait pas le devant de la scène. Parfois il osait, mais c’était pour raconter l’amour et le mépris. Kim Kardashian, la sociologue visionnaire, a commencé très tôt -dès la fin des années 2000- à nous envoyer les signes d’un futur radieux pour la pleine lune, à la lumière de son fessier XXL made in Californie. Pourtant, j’ai l’étrange sensation que le coup est arrivé par derrière, lâche et triste comme une mauvaise blague. Total eclipse of the fart.

Fesses are the new faces !

Exit le selfie. Depuis 2014, la tendance est au « belfie » (contraction de butt et de selfie, que l’on pourrait traduire par : auto-portrait de fesses). Une société commercialise même des Belfie Sticks (euh…)(vous avez l’esprit mal placé !). La posture hyper sexuelle et la fesse superstar ne sont désormais plus l’apanage des actrices de télé réalité. Tous les culs réclament leur moment Warholien ! Sur Instagram, ménagères accros au fitness, it-girls au nez poudré et jeunes filles éthérées postent des instantanés fessiers (parfois) premier degré et dans un style très direct (souvent). Les mots clés subtilité et sensualité n’apparaissent pas dans les hashtags populaires. L’érotisme fait-maison va droit au but.

The bigger, the better

Les nouveaux critères du sexy derrière feraient presque passer celui de JLO pour un petit cul timide… Le fessier 2.0 revendique des dimensions sur-humaines, obtenues à grands renforts d’entraînements sportifs musclés et/ou d’injections de graisse autologue. Etre féminine et désirable, ça serait donc s’être fabriqué un gros cul taillé pour la sex tape et la gloire et être fière de montrer le fruit de ses efforts -physiques- à tout le monde et à n’importe qui. Ne vous méprenez pas, je suis un pur produit du bassin méditerranéen et donc plutôt une fille à fesses. Pourvues qu’elles soient douces vraies. Mais pour moi, la féminité, le fait d’être épanouie, désirable, jolie, accomplie, heureuse, n’a juste aucune espèce de lien avec la taille de mes fesses. Ni avec mes fesses, de manière générale. Et je suis gênée par ce message, répété encore et encore, avec la force de l’image : être une femme accomplie, c’est être plus bonne que la plus bonne de tes copines. Surtout de dos.

« Tu les trouves jolies mes fesses ? Oui, très. »

Plates ou rondes, toniques ou molles, peut-être zébrées suite à la puberté ou à la grossesse, probablement contrariées par un peu de cellulite : toutes les fesses sont aimables et respectables, pourvu qu’elles ne prennent pas toute la place sur la photo. On a tout de même d’autres talents à montrer au monde que celui de s’être sculpté un cul instagrammable, surtout quand on a eu la chance d’avoir accès à l’éducation. CQFD.

12 Commentaires

Laurie D

Je n’ai jamais laissé de commentaire sur ton blog et pourtant je le fréquente très souvent.
Mais cet article !!! Qu’est-ce qu’il fait comme bien. Contrairement aux autres blogs qui semblent de plus en plus promouvoir une image de la femme totalement superficielle et dénuée de naturel ton « petit coup de gueule » me fais un énorme bien.
Depuis un certain temps, c’est à croire que le sport féminin n’a que pour finalité d’obtenir une silhouette bombesque et non plus la santé et le défi de soi.

Merci Merci à toi

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Aurélia

Merci Laurie, c’est toujours un plaisir pour moi de découvrir le commentaire d’une lectrice. Ton point sur le sport m’interpelle. Effectivement, quid du plaisir, des bénéfices sur la santé, du bien-être ? Merci et à bientôt.

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Aurélia

Heureuse de voir que je ne suis pas la seule à être affligée. A vrai dire, quand j’ai écrit cet article j’avais l’impression d’avoir 120 ans et d’être totalement dépassée.

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Romy

Quel plaisir de lire ton article ! Il est drôle, bien écrit, et je partage totalement ton opinion. Cette mise en scène de soi constante m’afflige et que des femmes se résument à une paire de fesses je trouve ça effrayant. Un appel inconscient à la fessée ? Quoiqu’il en soit une vrai régression pour toutes celles qui ont œuvré pour libérer les femmes du statut d’objet. Moi j’ai qu’une envie c’est de répondre par un fingfie ( finger-selfie ?) ou juste d’éteindre les écrans.

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Aurélia

Merci beaucoup Romy ! Effectivement, résumer la féminité et l’accomplissement de soi par son degré de ressemblance côté face avec une actrice porno, c’est totalement affligeant, et si triste. Si encore, d’autres qualités étaient mises en avant… J’aime beaucoup le concept du fingie ahahah

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Selly

Quel article ! C’est la première fois que je laisse un commentaire depuis des années… Les mots sont justes, il fait sourire, rire et hocher la tête. Tu as tout résumé et c’est si rare que quelqu’un ose dénoncer cet engouement si déplorable qu’on a pour les fesses. C’est réducteur et résumer la beauté à ca est tout simplement triste.

Encore bravo et merci infiniment !

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apc

[…] révolutionnaire dans le contexte actuel, qu’il avait annoncée juste avant l’explosion des « belfies » sur Instagram, tel un néo Nostradamus connecté à la […]

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